dimanche 3 juillet 2022

Gentil carnaval

J’ai à peine douze ans et j’atteins, paraît-il, un cap. Ma foi c’est vrai !

Mais suis-je pour autant redevable de ça ?

Une espèce de jeu, un carnaval, qui sait, qui déjà homologue un rang et son adverse ?

 

Ceux-là qui le méritent et ceux-ci qui regardent, dans la cour au soleil, le jeter de la toque, symbole du savoir et de la réussite, inévitablement l’officialisation d’un mur, d’un trou, d’un lot. J’ai à peine douze ans et déjà on m’enferme dans un assortiment.

 

Il y a ceux qui sont et ceux qui ne sont pas. Serais-je rabat-joie ? Je ne peux m’empêcher de penser tristement à tous ces non toqués se demandant pourquoi, soudain dans cette cour, se dresse le muret de ce qui deviendra, mémoire de l’école, le droit de se vêtir de cette toge noire et de lancer la toque et celui d’observer incrédule et perplexe ce gentil carnaval ?

© andré elleboudt


mardi 21 juin 2022

Faux pas

Faut-il être parfait pour fabriquer sa vie ?

Faut-il que notre plume calligraphie nos jours ?

Faut-il que notre main cisèle sans bavure le marbre des années ?

 

Et si nos maladresses disaient tout de nos vies ?

Et si nos désarrois racontaient nos toupets ?

Et si nos embarras fleuraient bon le vent fou d’un orage en été ?

 

Notre vie serait-elle entachée à jamais ?

Notre vie crierait-elle à l’échec ou au drame ?

Notre vie devrait-elle éclater de santé pour sembler féconder ?

 

Il est de ces naissances qui tremblent et qui bredouillent et qui soudain éprouvent l’ivresse des sommets au risque du faux pas.

 

© andré elleboudt


mercredi 15 juin 2022

Savoir

C’est quoi l’avant de nous ?

De celles et ceux, un jour

qui nous ont faits, portés,

élevés, éduqués

et jetés dans la vie

à l’insu de nos sens ?

 

On ne sait pas grand-chose

de tant de vies passées,

silencieuses à jamais.

Quelle somme d’amour,

quel bagage de dons

ont fait ce que nous sommes ?

 

Que de mots étouffés,

que de tristesses tues

habitent nos silences.

Et que de bonheurs fous

de projets audacieux

couvent nos impatiences.

 

Il est là cet avant

où j’aimerais entrer

et à jamais perdu

dans la friche des vies,

dans le terreau du cœur.

Vanité de savoir.

 

© andré elleboudt


mardi 7 juin 2022

histoires

J’aime bien les histoires.

Celles qui font rire

et celles qui étonnent

ou même qui font peur.

Et puis la grande Histoire

qui fait et qui défait

le quotidien des hommes.

Celle que nous faisons

et que nous subissons

ou gonfle nos poitrines.

 

Des livres entiers racontent.

 

L’histoire personnelle,

toquades de chacun,

entrailles de chacune

que l’on dit, que l’on tait,

que l’on vit ou surfait,

écrites au quotidien

à l’encre des vaillances,

à l’eau de nos silences,

celles qu’on oubliera

ou qu’on s’inventera…

 

Avec quelles étoffes

habillons-nous nos jours,

à l’abri de quoi donc

cachons-nous nos faiblesses,

riches de quelle ardeur

parlons-nous de l’hier

et de quel héroïsme

colorons-nous nos mots ?

 

Quels sont donc ces outils,

ces matériaux divers

qui construisent nos vies,

les hauts-faits et le reste ?

Je me disais cela

en entendant ces mots

et toutes ces histoires

que l’on raconte un jour

au sujet de la vie

de tous ceux qui s’en vont.

 

© andré elleboudt


jeudi 2 juin 2022

Bribes

Un mur.

Démesure face à moi.

Volage, inattendu.

Souvent je m’en suis plaint.

 

Pauvre de moi, apitoiements intimes.

 

Facilité aussi.

Et l’esprit empêché, interdit de maquis.

Exclu du vrai débat à mener tout en lui.

J’ai mal, j’en suis malheureux, j’en ai assez.

Je n’irai jamais mieux.

J’arrête.

Tel est le triste jeu

de la plainte qui force mon courage

à déposer la charge.

 

Pauvre de moi, résignation, échec.

 

Et c’est ce même moi

qui rame et qui surnage,

qui accepte la noyade

à quelques pas d’une rive,

d’un incertain rivage de paix.

Car le supposé bien de mes lamentations

annihile mes forces

pourtant prêtes tout là-bas, tout au fond de moi

à répondre à l’urgence

de la vie.

 

Avoir mal cependant être bien

de ces instants de vie

bribes de vrais

petits bonheurs.

 

© andré elleboudt


vendredi 27 mai 2022

Source

Je suivais du regard

ce petit bout de vie

allant à petits pas

tout au loin, tout là-bas.

Je me disais alors

la petite sait-elle

ce qui l'attend. Question.

 

Ignorant, évidence,

de quoi elle est capable

que ferait donc la source

si déjà elle savait ?

 

© andré elleboudt

 



lundi 2 mai 2022

Trous

Perdus là tout en bas

d'une page fanée

ces quelques mots me parlent.

Les mouvements de l'âme

et tous ses troubles aussi

dépendent, dirait-on,

des fatigues du monde.

Comme un galet sur l'eau

la furie rebondit

bien au-delà des cibles

et les gorges des masses

avalent sans choisir

la vilénie des vils.

 

Ils auront beau vouloir

enfermer les vivants

dans les rets du délire,

ils ignorent, tueurs,

que tout filet, tramé,

n'est formé que de trous.   

 

© andré elleboudt


Haïssable

Où est donc ce bonheur espéré le matin, égaré dans mes nuits-désespoir, yeux ouverts ? Et cette fois encore tenu de débourser la rançon obli...