jeudi 17 octobre 2019

C'est tout

Et puis tout.
Et puis tout laisser là.
oh oui,
et puis
tout laisser, las.

Les pensées justes ou pas.
Les idées volatiles.
Les souvenirs pesés.
Les rancœurs là en tas.
Les essais avortés.
Les audaces mort-nées.
Les silences engrangés.
Les remugles crachés.
Les mots revisités.
Les pourquoi balancés.
Les "et toi" refoulés.

Et puis vient le silence
dernier mot partagé
d'un débat inhumé,
dernier mort recensé
des mots d'amants taris.

© andré elleboudt

dimanche 13 octobre 2019

Pincée


La pomme est tombée là.
La tempête du soir.
Automne impétueux.

Un point noir sur la peau,
le secret de la pomme ?
Voilà que je la pelle.
La rencontre surprend,
sous la tendre pelure
deux pinces me saluent.
La vue du perce-oreille
éveille mon esprit.
Présent mais à l'insu,
vivant, zélé, caché.
Vivant et turbulent,
zélé, discipliné,
caché, in-signifiant.
Et pareil à la pomme
qui doucement subit
l'assaut du forficule
lancinant et constant,
perçant, infiniment
l'hôte qui l'abrite,
je sens le mal en moi,
présent mais à l'insu.

Le mal est tombé là.
La tempête des jours.
Automnes inlassables.

© andré elleboudt

mercredi 9 octobre 2019

Se taire


Marchant un doux matin
par les prés et les sentes,
je subis subito,
mettant fin à ma paix,
une attaque avérée.

Une question brutale
assaillait mon esprit.

Elle me disait "Dis-moi,
toi qui es en chemin
par où t'en irais-tu
si, soudain, devant toi
il n'y avait de voie?"

Je rebroussai chemin
car je restais sans voix.

© andré elleboudt

dimanche 6 octobre 2019

Communication de service

Le corps malade
est piètre communicant.
Lentement
il perd le sens du temps,
le goût du contact,
l'envie de la rencontre,
l'audace de prendre sa place.
Il se perd.
Erre seul.
Et pareil à ceux qu'il côtoie,
il ne se comprend plus.

Non content de cela
il en arrive à refuser
de faire ce qu'il sait qui lui serait bienfaisant.

Communiquant mal,
il ne communie plus.

© andré elleboudt

jeudi 3 octobre 2019

Respiration


Lentement
je me déchargeais
de ma lourde présence.

Les autres respiraient.

Mais
je n'avais pas trouvé
de fosse où la jeter.
Alors
je me dis
se ou me défaire ?
Eh oui,
se défaire de moi
ou me défaire de soi.
Évidence
d'un non-sens
ou d'un sens interdit.
Et donc
je me défis
de ce qui me nuisait.
Pour
me trouver
face à moi-même.
Mieux !
débarrassé de mes ruines,
face à celui que je cherchais

Lentement
je me redécouvrais
léger en ma présence.

Les autres respiraient.

© andré elleboudt

lundi 30 septembre 2019

Marmite


J'ai passé des mois
et des années
à tâcher de me construire,
à tenter de me situer dans la grande marmite.

Mes parents, leurs recettes,
l'école est ses préceptes,
la vie, ses pichenettes
m'ont ouvert voies et certitudes.
Derrière ses croquignoles
la vie a aussi tôt fait
de me persuader
que rien n'est vérité.

Les remous de la marmite ont avalé rêves et projets.
Les ressacs ont ouvert des hublots de bonheurs.
Je me suis permis l'audace de vivre au jour les jours.

© andré elleboudt

mardi 24 septembre 2019

Vous pensez...


Il est mort.
Il n'est pas le premier
ni ne sera le dernier.

Mais à y bien penser
son grand âge
le tenait pour
éternel,
comme les neiges
du même nom.

Et bien non !

Il est mort.
Ne sera pas le dernier.
Le glacier morfondu
voilà, a disparu.
Adieu beauté.

La montagne est en deuil.
Désemparée, la terre
interroge les astres.
Mais ils ferment les yeux.
Vous pensez, à leur âge
on en a vu bien d'autres…


© andré elleboudt

vendredi 20 septembre 2019

Hors la loi


Car les fruits de l'amour, quatre pousses encore frêles,

occupaient tous ses jours, sa vie et bien des nuits.

Elle donnait, irriguait de vie et de chaleur

parfois trop, parfois mal, ces esprits en carence.

Elle suscitait en eux douceur et chaude paix.

Mais eux devenaient eux et rejetaient, virils,

ses peurs et ses remords, les angoisses et l'amour.

Un jour ils l'ont quittée, poussés par les questions

qu'elle ne pouvait résoudre ni même par amour.

Chacun s'en est allé. Elle n'a pas supporté

ce vide et l'a comblé en se mettant à boire

comme elle avait aimé: sans mesure et sans loi.

© andré elleboudt

mardi 17 septembre 2019

Opiniâtre


Il avance paisible,
perpétuel nomade.
Connecté au vivant
il écoute le monde,
antennes déployées.

Son chemin est hasards,
il tourne ou s'en retourne
puis va de proche en loin
sans bruit et sans rumeur,
avance et disparaît.

Je le retrouve ailleurs,
mais serait-ce bien lui.
Je l'observe curieux ;
étonné je me dis
quelle opiniâtreté !

L'escargot, là au sol,
jamais il ne recule…

© andré elleboudt

mardi 10 septembre 2019

Où ?


Où pourrait-il bien être
le lieu où je serai
à l'abri des revers ?

Où je verrai sans fin
le soleil de l'été
me couvrant des rayons ?
Où je boirai sans soif
les liqueurs automnales
m'habillant de langueurs ?
Où je fondrai sans peur
sur les neiges du temps
contemplant mes hivers ?
Où, posant sur ma vie
les boutons d'agapanthes,
je survivrai, en paix ?

© andré elleboudt

jeudi 5 septembre 2019

Civilisation ?

Le monde est une histoire.
Le monde et son histoire,
c'est un peu course folle.

Folie monumentale,
civilisationnelle,
planétaire et cruelle.

Deux mires, un triomphe.
L'objectif est atteint.
Ou un monde est éteint.

L'égalité, jamais,
n'aura le dernier mot.
Deux titans sont de trop.

La civilisation,sacre de l'absolu, éloge des ténèbres.

© andré elleboudt