lundi 25 août 2025

L'annonce

Et j’entre en dépression comme on entre en un lieu dont on ignore tout pour n’y être venu. Jamais. Et j’entre en dépression comme on descend la pente de superbes alpages que l’on ne reverra. Jamais. Et j’entre en dépression mais est-ce une surprise quand tout autour de moi n’est déjà plus avant ? Jamais. Et j’entre en dépression, un homme face à moi, un toubib me le dit et il ne me ment pas. Jamais. Je suis en dépression. Je pense au mot prison dont je n’ai pas la clé. Et si je n’en sortais jamais ? Je suis en dépression. Là au pied d’un sommet mille sentiers m’appellent. Ne pas me dégonfler, jamais. Je suis en dépression. Et j’ai tant de raisons de me lover au chaud. J’arrête, ça n’ira plus jamais. Je suis en dépression, déjà je sens sombrer mon regard et la joie. Me séparer d’eux à jamais ? Quand j’entre en dépression je croise en mes valises tous les maux du passé qui auraient pu n’être, jamais. Quand j’entre en dépression je sais, je vais devoir m’inventer un pouvoir pour ne pas tout lâcher. Jamais. Quand j’entre en dépression, je compte les années. Quarante ans de santé que je pensais miens à jamais ! Quand j’entre en dépression, les misères du monde m’invitent à ne pas trop m’apitoyer, peser jamais. Quand j’entre en dépression, je demande au soleil, aux vents doux, aux rosées de m’accompagner à jamais. Tant de hauts et de bas ont marqué les années. Tant d’efforts, de rebonds, de chutes et de serments. Tant de mots jetés là, tant d'encre asséchée, de photos d’arbres verts et de rameaux sans vie qui semblaient raconter l’ardeur, la volonté de sortir du guêpier du mal de tous ces maux, du corps qui se dérobe, de l’esprit qui se rend. Tant d’espoir(s) d’un meilleur … qui se tait, désespère. Je découvre les mots d’un auteur qui me plaît : " La vie ne s’arrête pas quand nous sommes épuisés, quand nos cœurs sont brisés et nos esprits usés … Il n’y a pas de bouton pause pour le chagrin, ni pour la guérison ... " écrit par Hemingway, qui inspira bien des moments de ma vie d’enseignant. Et j’entre en dépression ... Je suis en dépression ... Quand j’entre en dépression ... je me fixe un nouveau rendez-vous avec la vie. ©

jeudi 28 novembre 2024

Désolé

 

Saturé. Trop d’années,

nombre de matinées,

autant d’après-midi

et finir en soirées…

saturé, trop donné

à ces maux, ces douleurs

à tant de lassitude,

aux oublis, au confus…

saturé, trop usé

à ne plus reconnaître

celui que je deviens

qu’il me faut accueillir…

saturé, sa-tu-ré,

excusez, désolé,

je n’ai rien demandé,

je suis accaparé…

 

Désolé, saturé…

 

© andré elleboudt

samedi 23 novembre 2024

 

Que ta main droite ignore ce que fait ta main gauche. Souvenir de l’école. Rien de neuf dans ces mots. Je ne veux cependant pas brider mon regard. Car à gauche et à droite nos sociétés hésitent et bien souvent obliquent. Valeurs d’humanité ou abjections obscures, indifférence crasse. Gauche et droite aux extrêmes. Trahison. Entre-soi. Complot. Courte mémoire.

 

Tant mieux diront les uns. Les autres gémissant. Et le monde en est là.

 

De plus en plus nombreux des badauds se rassemblent aux balcons de l’Histoire. Ils cultivent en silence les plantations séchées de leurs indifférences. D’autres esprits se penchent sur le quoi, le comment, le quoi et le pourquoi.

 

Tout cela tout partout ressemble à l’hallali de nos rêves d’humains. Tout allait s’arranger proclamaient, dépassés, les Chambres et les Sénats. Quand sonne le réveil de l’urgence absolue, dites-moi, que fait-on ?

 

 

 

jeudi 14 novembre 2024

Dégel

 

Dans ce lieu inconnu je retrouve surpris des teintes qui me parlent.

Peu couru des gens bien, les marles le fréquentent. L'eau du canal étouffe.

Trois oiseaux, des passants et sur l'eau un chaland. La neige fond, salie.

Un ressenti pesant. Un homme planté là cherchant on ne sait quoi.

La quête d'un repas ? Âgé et courbatu, condamné s'il se trouve à finir au canal.

On devine un enfant. Entre ses deux parents ?

S'éloigne le chaland. C'est un triste matin, un hiver froid sans fin.

A Gand.

Le dégel.

Peint.

 

© andré elleboudt

devant un tableau de Albert Baertsoen – Le dégel à Gand

mardi 5 novembre 2024

Brocart

 

Il faut beaucoup de temps pour patiemment tisser l'éphémère brocart qui fait du quotidien le trésor d'une vie.

 

Manipuler sans cesse l'outil tantôt boiteux ou tantôt merveilleux assemblant les divers pour en faire un commun demeure un vrai défi. Il demande courage, optimisme et santé dans un savant mélange de nuits noires et bleus rêves.

 

Les relations humaines qui surgissent des liens noués dans la patience fil à fil, nœud à nœud, composent dans nos jours un tapis de bien-être. La vie se fait douceur, rencontres chaleureuses, échanges de valeurs, partage de saveur et souvent grand bonheur.

 

Quand parfois il se peut que des fibres se brisent, c'est l'ouvrage en entier qui perd son harmonie. Et le regret s'installe puis parfois la rancoeur.

lundi 28 octobre 2024

Tout cru

Un kangourou joyeux coulait des jours heureux.

Pas un jour sans un bond, pas un sans un rebond.

Et l’âme si légère, un sillon de lumière.

Bien au chaud dans sa poche, entouré de ses proches

rien ne semblait troubler, rien ne faisait trembler

kangourou en ses jours. Une vie de velours.

 

Un jour il lui fallut s’émanciper. Ce fut

comme une aigreur ; malheur s’en aller pour ailleurs,

quitter ce sein douillet. Sa vie comme un boulet

perdit de son piment. Ces jours tel un tourment.

 

Il s’en alla par-là, cela ne lui plut pas.

En découvrant la vie, assumant ses envies,

il suivit ses désirs. Une partie de plaisir.

Sur sa carte du monde,des beautés, des jocondes,

parfois aussi des pièges, ceux qui la vie abrègent.

L’amour sur son chemin se fit joie et chagrin.

C’est la vie de chacun, casinos ou communs.

 

Quand le temps lui servit la fin de son récit

il en fut renversé. Il est fini l’été ?

A force de bondir et de tant rebondir,

aussi heureux qu’on fût on est mangé tout cru.

C’est une triste histoire que me narra un soir

un kangourou chagrin. Il était orphelin.

Son père n’était plus. On l’avait abattu.

 

On le croyait joyeux. Il devint si peureux

qu’il fuyait son regard craignant le traquenard.

La vie lui faisait peur. Un ignoble chasseur

revendit sa parure, cette douce fourrure.

 

Une histoire banale. La peine capitale

d’un pauvre convaincu d’être mangé tout cru.


© andré elleboudt

samedi 14 septembre 2024

Méfait

Je t'ai dit que souvent je me sentais blessé
que pointait ma colère quand des mots, des silences,
des regards échangés souriaient de mes failles,
ces faiblesses nouvelles, fruits de ma maladie.
 
Tu m'as alors confié que souvent tu étais
perturbée et blessée par ce que je disais
quand le mal, le dépit, trop souvent avec toi,
me rendaient déplaisant, méfait de tous mes maux.
 
© andré elleboudt

L'annonce

Et j’entre en dépression comme on entre en un lieu dont on ignore tout pour n’y être venu. Jamais. Et j’entre en dépression comme on desce...