vendredi 15 octobre 2021

L'idée de la vie

Je me suis assis là, le front offert au vent.

Sur le côté l'étang racontait des histoires

de source et de ruisseau. Et j'ai prêté l'oreille.

Des voix sur l'autre berge imaginaient la vie

du bout de leurs pinceaux en les posant soyeux

sur la face ridée. Ouvertes à l'inédit.

C'est un chœur en palette qui, s'élevant de l'eau,

distillait, enflammé, les mots d'une supplique.

Il fallait urgemment abreuver les eaux mères

au risque d'assoiffer l'idée même de la vie.

 

 © andré elleboudt


samedi 9 octobre 2021

Narcisse

Un jardin dans ma vie est chose capitale. Je n'y compte mes heures et le laisse advenir selon ses volontés. Je reconnais, parfois nous sommes en désaccord. Chacun sa propre vie et nous nous respectons. Chacun donne et reçoit. J'aime les floraisons, surprenantes beautés. Toutes n'apportent pas égale volupté, c'est bien cela la vie. Le jardin est rempli de petites coquettes, de grands beaux efflanqués. Narcisse est séducteur, comme tant d'autres fleurs.

Je connais un narcisse (Nartsiss Munira Petula) exécrant le bouquet. Il accepte assez mal la présence de sœurs qu'il a tôt fait, vicieux, d'étouffer, de tuer. Lot des rivalités. Ce fier narcisse et moi tâchons quand c'est possible de ne plus commercer. Ce gars-là est toxique. De cela je suis sûr.

*

Au jardin de ma vie je découvre, ébranlé, que ce seul exemplaire (Nartsiss Munira Petula) possèderait, qui sait, un pouvoir maléfique. Et si je l'interroge voilà qu'il me répond "tu ne peux inventer de telles médisances, je ne fais que porter ma beauté pour te plaire". Nartsiss Munira Petula, un chef en diversion ou peut-être un menteur, qui sévirait, rumeurs, en dehors des jardins ? Il aime qu'on l'admire, fait tout pour être vu. Et s'il peut nous séduire, ce sont ses mots alors qui nous éblouiront, captureront nos vies. Tout cela selon lui, pour notre plus grand bien. Faire ce qu'il ambitionne, son bonheur assuré. Et son plus grand plaisir, c'est nous faire payer chaque pas de côté ! A la moindre lacune, à chaque hésitation, nous devenons la proie. Alors, ô jouissance, il nous déstabilise, distille son pouvoir tel un fourbe vaccin. Pour notre bien, s'entend. Il nous sera dédié pour peu que l'on le suive. Il soigne son feuillage, il est irréprochable, vous dirait comment faire pour paraître, avoir l'air et s'il trouvait vos mots vraiment trop ordinaires, il porterait sans peur, le frac académique.

Diantre, au cœur du bouquet, c'est l'émoi et le drame. Celles qu'il a charmées, ceux qu'il a enjôlés roses tendres et bleuets, graminées et branchages fanent et puis dépérissent, se paralysent et gâtent. Il est dit que Nartsiss s'enorgueillit, royal, au rythme de nos ruines.

Cette fleur de printemps ne fait foi de ciel bleu ! Si dans notre jardin, au fond de nos parterres sommeillent des narcisses vérifions qu'ils ne sont de cette confrérie, Munira Petula. Nartsiss en son discours lentement, patiemment nous berne, abuse et trompe puis enfin débâtit. Nartsiss dont rien n'exhale comme un parfum pourtant lentement empoisonne.

"Toi tu réfléchis trop, viens donc je peux t'aider… Tu es bien trop sensible, allez, fais-moi confiance… Si vraiment tu m'écoutes, confiance, ça va aller… C'est toi qui tout inventes… Suspicion dans ta tête… Moi te vouloir du mal…"

*

J'aime bien les narcisses. Et j'aime, également, les fleurs de nos jardins, beautés sans prétention qui sans arrière-pensées embellissent la vie, heureuses d'être là entourées des semblables. Le jardin dans ma vie est un hôte de choix. Je n'y compte mes heures et le laisse advenir. Un morceau de bonheur. Une beauté gratuite.

 

© andré elleboudt


mardi 5 octobre 2021

C'est dit...

On ne le dirait pas !

 

Oui. Je ne le dis pas.

Ce qui est au-dedans

ne se dit pas toujours.

Quelque fois ça libère

et parfois ça fait mal.

 

Une canne à la main

je marche dans la rue.

On se la joue dandy,

dit un voisin, passant.

Eh oui, c'est une canne,

ça m'équilibre bien,

me sécurise aussi.

Vous avez une canne

me dit une autre voix.

Je crois, oui. Une canne !

Ça se voit semble-t-il.

Malade ? Ah j'ignorais,

on ne le dirait pas.

 

S'il fallait dévoiler

les soucis de la vie

à chaque coin de rue,

la vie se ferait plainte,

lamentation inepte.

Car oui, je suis malade,

on ne le dirait pas !

 

Cela, au moins, c'est dit.

 

© andré elleboudt

jeudi 30 septembre 2021

Paradis

Pendant un très long temps j'ai vécu avec elle.

Sans effort et sans larme, sans question, sans dépit.

Au fil de jours sans ruse faits d'un bonheur naïf

tel un couple attesté, sans question, sans répits.

Il n'était pas alors question d'inventorier

les bienfaits de la vie, tout n'était qu'harmonie.

Et nous nous entendions, nous aimions sans savoir.

 

Mais rien jamais n'est dû.

 

Dans la douce insouciance, heureusement candide

résidait un bonheur. Et une prétention,

un orgueil suffisant. Puis un jour la douleur,

comme un appel à l'ordre m'a invité sans choix

à plus de modestie. Il fallut peu de temps

pour éveiller mes sens au réel d'un état,

jusque-là inconnu. Un paradis perdu.

 

© andré elleboudt

jeudi 23 septembre 2021

Du dedans

Ça m'arrive ma foi.

 

Tout semble confondant.

Au point de n'y rien voir.

 

Quand tout est nuit, dit-on,

c'est l'imagination

qui pastelle d'azur

le ciel gris de nos antres.

 

Au point que mon regard

se fixe sur le rien.

Me reste alors là-bas

tout au fond de mon gris

la foi claire et ténue

d'un mieux-être, qui sait ?

 

Et c'est de l'intérieur,

contraire à toute attente,

que s'éveille un matin

opiniâtre et vaillant.

 

La force du dedans.

 

© andré elleboudt


jeudi 16 septembre 2021

Si

Sera-ce au fond d'un trou ?

En pleine terre, qui sait ?

Dans une urne ruineuse ?

Enveloppés, timbrés ?

Au secret d'un étui,

d'une clé USB,

du dossier d'un notaire ?

Silencieux et cachés

sous un coup de crayon,

à l'ombre d'un lavis ?

 

Où s'en iront mes rêves

et toutes mes pensées ?

Où dormiront mes mots

et tous mes souvenirs

si je devais mourir ?

 

© andré elleboudt


samedi 4 septembre 2021

Plaisir

Que sait-on, écrit-elle,

de ce qu'on écrira ?

 

Si le doigt le savait,

lâcherait-il la plume ?

Si la main le voulait

jetterait-elle l'idée ?

Si le bras le pouvait

guiderait-il la main ?

Si les yeux y pensaient

flouteraient-ils les mots ?

 

Et quand l'esprit un jour

jura de musarder

un franc flot dévasta

tous les murs de questions.

 

A quoi bon maîtriser

ce qui jaillit soudain

du dedans de l'intime ?

Le risque du confus

s'éteint dans la fraîcheur

et de la source naît

la possibilité subtile

de l'obscur et du doute

qui, désarmés, se noient

dans l'encre de la plume.

 

Écrire alors dessine

le chemin de l'audace,

la sente des licences.

 

C'est Marguerite un jour

qui m'offrit à penser.

Et ce plaisir dura(s).

 

© andré elleboudt

 

Haïssable

Où est donc ce bonheur espéré le matin, égaré dans mes nuits-désespoir, yeux ouverts ? Et cette fois encore tenu de débourser la rançon obli...