mardi 22 février 2022

Rengaine

Un rayon de soleil

dans le coin de mon œil.

Une brise légère

apaise la misère

d'un matin si banal.

L'éclat plat d'un fanal

entraine alors mon pas,

me bousculant, non pas,

tirant de sa torpeur

mon esprit sans humeur.

Un moment suspendu

où le temps s'est perdu.

Memento d'un matin

au bonheur clandestin.

Le tout dedans est terne

et doute ma lanterne.

Le corps alors se traine.

Ce jour, morne rengaine.

 

© andré elleboudt

mercredi 16 février 2022

On

Il a crié au loup, ancienne stratégie

expression de sa peur. Pris à son propre jeu

il inculpe les on, facteurs de menteries.

 

Il a crié au loup craignant que son renom

ne devienne dépouille d'un passé prétendu

glorieux, sans outrance. La bête doit payer.

 

Il a crié au loup. Et le loup écœuré

a rejoint sa tanière. Déjà on célébraient,

le hâbleur festoyait. Les grognements peinaient.

 

Il a crié au loup. Et quand, la nuit parfois,

probité et honneur titillaient son esprit,

il imputait son cri à la meute des on.

 

© andré elleboudt


jeudi 10 février 2022

le goût du bigarré

La ville n'est pas grande et se donne parfois des airs de métropole. Dans les larges ruelles, des avenues se perdent transpirant d'amertume, croyant être ceci et n'étant rien de ça. Au cœur des maisonnettes, des bourgeois se désolent ; eux non plus ne sont pas l'image du miroir placé là bien en vue au mitan du salon flairant la naphtaline. 

 

Comédie du paraître, fanfares de poseurs, dico du soi-disant, évidence du peu ce défilé arpente boulevards ou croisette imaginant l'effet, l'admiration, le choc que provoque cet art de n'être que de bruine quand on se veut averse, image du néant se prenant pour le tout.

 

Et par-dessus le jeu se trame la soierie à la couleur étale de l'uniformité. Tout lentement s'enlisent les dernières audaces et tandis que s'assèche le goût du bigarré, les citadins s'étonnent que la vie soit morose, monotone et sans joie.

 

© andré elleboudt

lundi 7 février 2022

Légère

Et le temps qui passait.

Et moi qui vieillissais.

Et plus je remarquais

que leur nombre chutait.

 

Le nombre de ceux-là,

ils et elles à la fois

qui avant étaient là,

devenaient autrefois.

 

Feuilletant un matin

mon livre du moment

j'entends un écrivain

m'expliquer ce courant.

 

Ne vivre qu'avec eux,

ces êtres qui libèrent,

à l'affection légère

dont on se porte mieux.

 

© andré elleboudt


vendredi 28 janvier 2022

Evidences

Cette marche du jour

devenait l'occasion

du cri de mon silence.

Je hurlais en secret

des mots d'amour nouveaux,

des vers insoupçonnés.

Et je me sentais bien.

Je parlais, j'énonçais

théories de mieux-être,

évidences de paix,

facéties d'infinis.

Je parlais et jamais

une voix discordante

pour contrer mes ardeurs.

Le monde comprenait,

ne pensait m'interrompre.

 

© andré elleboudt


jeudi 20 janvier 2022

Armistice

Le soleil tout à coup appelle mon regard,

m'empêche de parler. Plutôt de me parler.

Bien souvent dans ce coin, que certes j'affectionne,

je pose mes pensées sur le papier blanchâtre

qui parle de ma vie, qui dit être miroir.

Le soleil tout d'un coup éclaire mon regard,

m'extirpe de mes jours, serait-ce un armistice ?

Écrirais-je de même si chaque jour, là-haut,

il taisait son ardeur, ne m'offrait son humeur ?

 

© andré elleboudt

mercredi 5 janvier 2022

Etale

Une steppe endormie aux lumières éteintes, aux couleurs avachies.

C'est un matin banal sans la moindre surprise.

Un vieux béton souillé, fatigué de s'user, solide cependant.

Un univers étale.

Un matin sans excuse tant il est attendu.

Le sommeil a failli. Il a tout laissé là comme il l'avait trouvé.

 

C'est une steppe immense aux levures vannées, aux floraisons fanées qui n'en surprend aucun tant c'est une évidence.

C'est un béton malade où rouillent les ferrures et s'épanche l'eau sale.

Le début d'un vain jour qui se demande encore à quoi bon se lever.

Le sommeil a omis. Il a perdu son temps. Il a fainéanté.

 

C'est un de ces matins où la joie de l'hier, joyeuse du labeur, imaginait crédule, naïve, irréfléchie que cette force là serait au rendez-vous d'un aujourd'hui tout bleu.

 

Cruelle lassitude. Espérances enterrées. Énergies abusées.

Et que sera ce jour. Anémie de la joie, vanité de l'effort, chimère du mieux-être ?

 

© andré elleboudt

Haïssable

Où est donc ce bonheur espéré le matin, égaré dans mes nuits-désespoir, yeux ouverts ? Et cette fois encore tenu de débourser la rançon obli...