dimanche 17 décembre 2017

Autocar



Dans l'autocar des jours
je regarde le monde.
Sur le siège opposé
elle observe la vie.
Parfois, du coin des yeux,
on se regarde aussi.
Le coup d'œil est fortuit.
J'ai toujours apprécié
voyager dans le sens
de la marche du car.

-Avez-vous vu, dit-elle,
le coucher du soleil?
Que la nature est belle.
-Et l'horizon bleuté
aux ombres dessinées,
l'avez-vous aperçu?
Elle ne me répond pas
cherchant à repérer
les tons dont je parlais.
Je m'évertue aussi
à fixer mes prunelles
aux rayons du couchant.

Chacun alors se tait
imaginant au mieux
ce que l'autre décrit.

C'est le sens de la marche
qui construit la vision
du monde et puis des gens.


© andré elleboudt

jeudi 14 décembre 2017

Passager








Il est un lieu étrange

au sein duquel chacun,
au fil du temps qui coule,
entasse les saisons,
accumule et ne trie
ni les jours, ni les ans.

Le corps est un rafiot
naviguant au long court.
L'on s'y croit au timon.
Mais le vrai gouvernail
est fait de bois, de fer
et c'est bien le bateau
qui pourvoit à la route,
fût-elle expédition,
croisière ou bien errance.

Et le corps lui aussi
nous conduit
d'océan
en détroits,
d'odyssées
en relâches,
par gros temps
ou mer d'huile,
cap aux vents.
Chacun se voit pilote,
il est le passager.


© andré elleboudt

lundi 11 décembre 2017

Grand con


 
En voyant des picots
étalés, accueillants,
aux marches d'un shopping,
j'ai compris que l'accueil
n'est pas du marketing…
en lisant dans la presse
qu'on invente des douches
empêchant les paumés
de coucher en façade…
je suis resté sans mot
tant il m'est malaisé
de crier au scandale
car je croyais, béat,
que c'était impossible.

Et j'ai réalisé
que j'étais un grand con.

© andré elleboudt




dimanche 10 décembre 2017

C'est...



L'écriture
c'est le temps qui se pose
et l'âme qui se repose.
L'écriture
c'est comme l'antidote
au temps qui détricote.
L'écriture…
un peu d'éternité,
de mémoire assignée.

© andré elleboudt

mercredi 6 décembre 2017

Ruminant



 Dehors il fait noir. Nuit.
Le silence et le bruit
se disputent en douceur.
Il n'est d'instant ni d'heure.
Des pas brisent l'élan
de mon sommeil. Pourtant
je reconnais l'appel
de ce rival: l'éveil.
Et commence la danse
des idées quand je pense.
Le cerveau pâturage
accueille en son pacage
ce tourbillon changeant.
Je deviens ruminant.
La nuit pour les pensées
est temps d'agilité.
Ce qui le jour m'allume
la nuit, moi, me consume.


© andré elleboudt

samedi 2 décembre 2017

Métamorphose



Un caillou blanc marbré
qui rêvait de vieillir
rencontra en chemin
un gravillon imbu.
Ce dernier claironnait
affichant son génie,
ses dogmes et convictions.
Rien ne pouvait toucher
les qualités marquées
à jamais dans ses veines.

Tout le temps s'écoula,
l'éternité passa.

Le caillou blanc marbré
qui accueillait la vie,
ses courbes et ses courants,
trébucha un matin
sur un amas tout gris
sans goût et sans vigueur.
C'était le gravillon
qui, dans sa prétention,
s'était tout momifié.
la vie l'avait quitté.

Le caillou blanc se dit:
"Qu'importe sa valeur,
un fossile en son cœur
ne pourrait accueillir
quelque métamorphose."

© andré elleboudt

mardi 28 novembre 2017

C'est vrai




Un ru dévalait, fou,
entre tourbe et racines,
empressé qu'il était
d'atteindre le ruisseau.

Il oublia bien vite
l'origine modeste,
l'odeur et la couleur
de son lit montagnard.

A peine s'élargit-il
que déjà il sentait
les humains au travail
de villages en bourgades.

Rencontrant au hasard
des rives moins pentues,
il se noya fougueux
dans un bras de la mer.

Il se jugea géant.
Cependant une goutte,
étonnée du chahut,
questionna le titan.

"Aurais-tu, Ô grandeur,
mémoire de ta source?"
Car c'est vrai, en effet:
que serions-nous sans elle?


© andré elleboudt

Haïssable

Où est donc ce bonheur espéré le matin, égaré dans mes nuits-désespoir, yeux ouverts ? Et cette fois encore tenu de débourser la rançon obli...