vendredi 16 octobre 2026

Une mouche me pique

Et partir en voyage.
Changer d’air. Inspirer.
Goûter aux alizés
à m’en époumoner.
 
Une mouche me pique.
Mon corps est un essaim
ruisselant d’abandon
en un flot invincible.
 
Je ne vois que le vide
m’avalant bouffe-tout.
A cet instant je plonge,
abdique et puis m’abîme.
 
Je croise vacuité
qui s’en va en vacances.
Je suis privé de moi,
où me suis-je éboulé ?
 
Serais-je par défaut ?
Devenu un non-être ?
Ai-je capitulé ?
Si je m'étais paumé ?
 
A cet instant j'ai peur.
Je voudrais résister
car je crains de tomber.
André, pas paniquer !
 
Je me suis laissé faire.
"Conscience d'exister",
mes mots pour voyager,
mes sésames espérés.
 
Maintenant je m’éveille.
Vestiges de culbute.
Je regagne mon corps,
ravive mon esprit.
 
Mon cerveau ébranlé
me demande une pause.
Je rentre à la maison,
m’endors pour quelques heures.

lundi 23 mars 2026

Haïssable

Où est donc ce bonheur espéré le matin, égaré dans mes nuits-désespoir, yeux ouverts ? Et cette fois encore tenu de débourser la rançon obligée d’un mieux-être amputé. Quand celui que je suis se croit être guéri et qui au fil des nuits s’effrite et abandonne, goûtant le jour venu l’acrimonieuse bile du manque et de l’échec, comment ne pas chuter ? Et où trouver la joie, comment redessiner les plans d’hiers heureux, ardemment édifier, quand déjà se présente le séisme nouveau de la prochaine chute ? Ce haïssable mal. Au grand soudain glisser, un autre jour chuter. Alors que je croyais être fort, opiniâtre. A chaque fois rêver de ce que j’ai été. Ne pas le regretter, simplement en baver.

mercredi 4 février 2026

C'est

Ignorant. Tourmenté. Un moi déjà de doses inconnues aux effets malplaisants à vivre au quotidien. Passer outre, il le faut. Modifier le remède et me trouver alors face à d’autres tourments. Supporter et subir. Attendre sans trop voir ce que demain sera, morcelé que je suis entre espoirs et déboires. Encourager mon corps à accepter le neuf, accueillir les effets, espérer que s’allègent les incommodités. Dans l’attente du mieux. Et cette fois encore douter, dépasser, m’inoculer, sceptique mes vaccins de soleil, ciels bleus, punch et entrain cachés là tout au fond et que parfois j’inhume. Cependant tu es là, tu partages ta force la dissolvant, féconde, dans le réseau branlant de mes matins précaires. A deux, se sentir forts.

lundi 25 août 2025

L'annonce

Et j’entre en dépression comme on entre en un lieu dont on ignore tout pour n’y être venu. Jamais. Et j’entre en dépression comme on descend la pente de superbes alpages que l’on ne reverra. Jamais. Et j’entre en dépression mais est-ce une surprise quand tout autour de moi n’est déjà plus avant ? Jamais. Et j’entre en dépression, un homme face à moi, un toubib me le dit et il ne me ment pas. Jamais. Je suis en dépression. Je pense au mot prison dont je n’ai pas la clé. Et si je n’en sortais jamais ? Je suis en dépression. Là au pied d’un sommet mille sentiers m’appellent. Ne pas me dégonfler, jamais. Je suis en dépression. Et j’ai tant de raisons de me lover au chaud. J’arrête, ça n’ira plus jamais. Je suis en dépression, déjà je sens sombrer mon regard et la joie. Me séparer d’eux à jamais ? Quand j’entre en dépression je croise en mes valises tous les maux du passé qui auraient pu n’être, jamais. Quand j’entre en dépression je sais, je vais devoir m’inventer un pouvoir pour ne pas tout lâcher. Jamais. Quand j’entre en dépression, je compte les années. Quarante ans de santé que je pensais miens à jamais ! Quand j’entre en dépression, les misères du monde m’invitent à ne pas trop m’apitoyer, peser jamais. Quand j’entre en dépression, je demande au soleil, aux vents doux, aux rosées de m’accompagner à jamais. Tant de hauts et de bas ont marqué les années. Tant d’efforts, de rebonds, de chutes et de serments. Tant de mots jetés là, tant d'encre asséchée, de photos d’arbres verts et de rameaux sans vie qui semblaient raconter l’ardeur, la volonté de sortir du guêpier du mal de tous ces maux, du corps qui se dérobe, de l’esprit qui se rend. Tant d’espoir(s) d’un meilleur … qui se tait, désespère. Je découvre les mots d’un auteur qui me plaît : " La vie ne s’arrête pas quand nous sommes épuisés, quand nos cœurs sont brisés et nos esprits usés … Il n’y a pas de bouton pause pour le chagrin, ni pour la guérison ... " écrit par Hemingway, qui inspira bien des moments de ma vie d’enseignant. Et j’entre en dépression ... Je suis en dépression ... Quand j’entre en dépression ... je me fixe un nouveau rendez-vous avec la vie. ©

jeudi 28 novembre 2024

Désolé

 

Saturé. Trop d’années,

nombre de matinées,

autant d’après-midi

et finir en soirées…

saturé, trop donné

à ces maux, ces douleurs

à tant de lassitude,

aux oublis, au confus…

saturé, trop usé

à ne plus reconnaître

celui que je deviens

qu’il me faut accueillir…

saturé, sa-tu-ré,

excusez, désolé,

je n’ai rien demandé,

je suis accaparé…

 

Désolé, saturé…

 

© andré elleboudt

samedi 23 novembre 2024

Là

 

Que ta main droite ignore ce que fait ta main gauche. Souvenir de l’école. Rien de neuf dans ces mots. Je ne veux cependant pas brider mon regard. Car à gauche et à droite nos sociétés hésitent et bien souvent obliquent. Valeurs d’humanité ou abjections obscures, indifférence crasse. Gauche et droite aux extrêmes. Trahison. Entre-soi. Complot. Courte mémoire.

 

Tant mieux diront les uns. Les autres gémissant. Et le monde en est là.

 

De plus en plus nombreux des badauds se rassemblent aux balcons de l’Histoire. Ils cultivent en silence les plantations séchées de leurs indifférences. D’autres esprits se penchent sur le quoi, le comment, le quoi et le pourquoi.

 

Tout cela tout partout ressemble à l’hallali de nos rêves d’humains. Tout allait s’arranger proclamaient, dépassés, les Chambres et les Sénats. Quand sonne le réveil de l’urgence absolue, dites-moi, que fait-on ?

 

 

 

jeudi 14 novembre 2024

Dégel

 

Dans ce lieu inconnu je retrouve surpris des teintes qui me parlent.

Peu couru des gens bien, les marles le fréquentent. L'eau du canal étouffe.

Trois oiseaux, des passants et sur l'eau un chaland. La neige fond, salie.

Un ressenti pesant. Un homme planté là cherchant on ne sait quoi.

La quête d'un repas ? Âgé et courbatu, condamné s'il se trouve à finir au canal.

On devine un enfant. Entre ses deux parents ?

S'éloigne le chaland. C'est un triste matin, un hiver froid sans fin.

A Gand.

Le dégel.

Peint.

 

© andré elleboudt

devant un tableau de Albert Baertsoen – Le dégel à Gand

mardi 5 novembre 2024

Brocart

 

Il faut beaucoup de temps pour patiemment tisser l'éphémère brocart qui fait du quotidien le trésor d'une vie.

 

Manipuler sans cesse l'outil tantôt boiteux ou tantôt merveilleux assemblant les divers pour en faire un commun demeure un vrai défi. Il demande courage, optimisme et santé dans un savant mélange de nuits noires et bleus rêves.

 

Les relations humaines qui surgissent des liens noués dans la patience fil à fil, nœud à nœud, composent dans nos jours un tapis de bien-être. La vie se fait douceur, rencontres chaleureuses, échanges de valeurs, partage de saveur et souvent grand bonheur.

 

Quand parfois il se peut que des fibres se brisent, c'est l'ouvrage en entier qui perd son harmonie. Et le regret s'installe puis parfois la rancoeur.

lundi 28 octobre 2024

Tout cru

Un kangourou joyeux coulait des jours heureux.

Pas un jour sans un bond, pas un sans un rebond.

Et l’âme si légère, un sillon de lumière.

Bien au chaud dans sa poche, entouré de ses proches

rien ne semblait troubler, rien ne faisait trembler

kangourou en ses jours. Une vie de velours.

 

Un jour il lui fallut s’émanciper. Ce fut

comme une aigreur ; malheur s’en aller pour ailleurs,

quitter ce sein douillet. Sa vie comme un boulet

perdit de son piment. Ces jours tel un tourment.

 

Il s’en alla par-là, cela ne lui plut pas.

En découvrant la vie, assumant ses envies,

il suivit ses désirs. Une partie de plaisir.

Sur sa carte du monde,des beautés, des jocondes,

parfois aussi des pièges, ceux qui la vie abrègent.

L’amour sur son chemin se fit joie et chagrin.

C’est la vie de chacun, casinos ou communs.

 

Quand le temps lui servit la fin de son récit

il en fut renversé. Il est fini l’été ?

A force de bondir et de tant rebondir,

aussi heureux qu’on fût on est mangé tout cru.

C’est une triste histoire que me narra un soir

un kangourou chagrin. Il était orphelin.

Son père n’était plus. On l’avait abattu.

 

On le croyait joyeux. Il devint si peureux

qu’il fuyait son regard craignant le traquenard.

La vie lui faisait peur. Un ignoble chasseur

revendit sa parure, cette douce fourrure.

 

Une histoire banale. La peine capitale

d’un pauvre convaincu d’être mangé tout cru.


© andré elleboudt

samedi 14 septembre 2024

Méfait

Je t'ai dit que souvent je me sentais blessé
que pointait ma colère quand des mots, des silences,
des regards échangés souriaient de mes failles,
ces faiblesses nouvelles, fruits de ma maladie.
 
Tu m'as alors confié que souvent tu étais
perturbée et blessée par ce que je disais
quand le mal, le dépit, trop souvent avec toi,
me rendaient déplaisant, méfait de tous mes maux.
 
© andré elleboudt

mercredi 14 août 2024

Arrangement

Naîtrait-on inquiet ?

Suis-je né tourmenté ?

Ai-je été fécondé

dans la crainte ou l'alarme

de ce que je serais,

de ce que je ferais

 

Je me suis écouté,

j'ai sondé le visage

de ces deux importunes.

Inquiétudes et grisailles

avaient pris un pouvoir,

me l'avait imposé.

 

Un jour je me suis dit

qu'il valait certes mieux

m'arranger du présent

que craindre le futur.

 

© andré elleboudt

mercredi 31 juillet 2024

Se peut-il

 

Se peut-il que les mots

souffrent

comme un être de chair ?

Se peut-il que se cachent

en eux

le non-dit, l'inouï ?

Se peut-il que je rêve,

naïf,

du pouvoir qui est leur ?

 

Se pourrait-il alors,

folie,

qu'ils ouvrent mes prisons ?

Se pourrait-il alors,

surprise,

que les mots soient sans moi ?

Se pourrait-il alors,

douceur,

qu'ils bâtissent mon être ?

 

Et je reste sans mot

tant ces questions bafouillent

au cœur de mes tourments ?

mardi 23 juillet 2024

Perduto

 

Au fur et à mesure

que je tourne les pages

un sentiment étrange

envahit mon esprit.

Il me semble, bizarre,

que certains des feuillets

parlent de mon vivant.

Chi si ferma è perduto…

 

Un laid jour de mes maux

j'en vins à souhaiter

de tout arrêter là.

Fermement je pensais

que je pourrais ainsi

atteindre un nirvana,

une vie sans douleur.

Arrêter. Terminé.

 

Et Dante me souffla,

allez savoir pourquoi,

qu'arrêter, c'est se perdre…

Étonnant que cela.

 

© andré elleboudt

vendredi 19 juillet 2024

Ailleurs

Etre là.

Etre ailleurs.

Se demander sans cesse le son des mots

et la couleur des sons qui disent mieux

là où l'on se trouve.

Etre là.

Etre ailleurs.

Comme se vider de soi

pour mieux s'emplir ma foi

de l'espace et du temps.

Etre là.

Etre ailleurs.

 

© andré elleboudt

samedi 6 juillet 2024

Non

lentement sans trop de bruit si ce n'est le bruit de la folie

GAZA

mourait s'éteignait se redressait s'écrasait à nouveau

toujours et toujours

mon regard silencieux impuissant

 

parfois surgissaient des mots

et d'autres silences validaient par le vide

l'innommable l'insupportable

 

on ne les comptait plus peinant à dénombrer

les démembrés les écrasés les enfouis

GAZA

disparaissait et les mots impotents oubliaient de dire

ce qui pourtant sautait aux yeux comme autant d'armes létales ce

NON

devenu inutile

 

seul

demeurait le pouvoir aux yeux fermés aux cerveaux aliénés

célébrant on ne sait quelle fête

 

l'âme refroidie et le regard glacé

nos cœurs habitués

s'abstenaient

 

"nous étions parvenus

à être de ce monde

sans être de ces gens*"

 

© André Elleboudt

 

*Cécile Coulon

mercredi 19 juin 2024

Menthe à l'eau

 

Ma mémoire est à l'eau.

Le sirop à la menthe

la dissout. A jamais.

 

Je claudique, il maugrée.

 

Dans la grande boutique

du passé, du demain,

une anarchie folâtre

perturbe le client

qui oublie le pourquoi

de ma présence là.

Ignorant les rayons,

la liste des achats.

Mon caddie se remplit

du vide déroutant

de la perplexité.

 

Je claudique, il maugrée.

 

Le voilà qui retourne,

le cabas débordant

de questions sans réponses.

Il s'arrête au bistrot.

Je commande au comptoir

un verre de menthe à l'eau.

 

 © andré elleboudt, peut-être

lundi 13 mai 2024

Piètre

Une fois le temps passé, il devient le passé,

rangé dans ma mémoire, cette grande lingère.

J'y remise sans fin le présent, jeune hier

côtoyant les armées de déjà vieux passés.

 

Au fil du temps qui va, des piles se coudoient,

échangent et se mâtinent puis se font souvenirs.

Chaque jour ma mémoire, pour mon grand déplaisir,

modifie son recueil, vient se jouer de moi.

 

Je crains que le grand âge soit la cause du mal.

La mémoire est coquine et l'esprit séducteur.

Je crois tout posséder, les jours et puis les heures,

du seigneur je ne suis que le piètre vassal.

 

© andré elleboudt


lundi 22 avril 2024

Astre

Aux abonnés absents

depuis beaucoup de lunes

le soleil, ce seigneur,

fit subir aux humains

la nuit. Révolution!

 

Car on ne peut nier

que ce brillant despote

en connaît un rayon

en matière de pigments,

thérapie du bien-être.

 

Si soudain il endort

sa chaude pétulance,

nos cœurs mous, abattus

se désolent et s'écroulent.

C'est la dissolution.

 

Un seul astre nous manque…

Je voudrais m'éveiller

chaque jour au soleil,

mais sans aridité,

et puis sans travailler.

 

© andré elleboudt


lundi 15 avril 2024

Petit

C'est un endroit, petit, si petit que bien peu le connaissent vraiment.

C'est un coin très secret, si secret que personne ne sait s’il le connaît.

C'est un lieu résistant,  fermé et silencieux.

Là au fond, tout au fond, bien cachés, se ruminent

en ramages, les rimes et ravages de mots muets de mal.

Le mal-être est un fond,  petit et résistant,  secret et bien caché.

© andré elleboudt 

 


mardi 9 avril 2024

Début

 

Ce fut soudain, venu de nulle part,

comme une lune au cœur d'un ciel d'orage,

un appel, une trêve, un éclat de lumière,

un chemin creux menant à la rivière.

 

Un sentiment étrange, une langueur,

comme un vent doux un matin de juillet,

une grève, un sentier, un sourd coup de tonnerre,

un bateau blanc qui partirait en mer.

 

Un horizon de feu dans une brume,

comme une forme d'où jaillirait la vie,

une aube matinale avant d'être soleil,

un nulle part ou peut-être un ailleurs.

 

Une lueur pâle et si pénétrante,

comme un visage qu'illumine un regard,

une ombre, une présence, un souffle presque frêle,

une question, le début d'un poème.

 

© andré elleboudt

Une mouche me pique

Et partir en voyage. Changer d’air. Inspirer. Goûter aux alizés à m’en époumoner.   Une mouche me pique. Mon corps est un essaim ruisselan...