mercredi 19 juin 2024

Menthe à l'eau

 

Ma mémoire est à l'eau.

Le sirop à la menthe

la dissout. A jamais.

 

Je claudique, il maugrée.

 

Dans la grande boutique

du passé, du demain,

une anarchie folâtre

perturbe le client

qui oublie le pourquoi

de ma présence là.

Ignorant les rayons,

la liste des achats.

Mon caddie se remplit

du vide déroutant

de la perplexité.

 

Je claudique, il maugrée.

 

Le voilà qui retourne,

le cabas débordant

de questions sans réponses.

Il s'arrête au bistrot.

Je commande au comptoir

un verre de menthe à l'eau.

 

 © andré elleboudt, peut-être

lundi 13 mai 2024

Piètre

Une fois le temps passé, il devient le passé,

rangé dans ma mémoire, cette grande lingère.

J'y remise sans fin le présent, jeune hier

côtoyant les armées de déjà vieux passés.

 

Au fil du temps qui va, des piles se coudoient,

échangent et se mâtinent puis se font souvenirs.

Chaque jour ma mémoire, pour mon grand déplaisir,

modifie son recueil, vient se jouer de moi.

 

Je crains que le grand âge soit la cause du mal.

La mémoire est coquine et l'esprit séducteur.

Je crois tout posséder, les jours et puis les heures,

du seigneur je ne suis que le piètre vassal.

 

© andré elleboudt


lundi 22 avril 2024

Astre

Aux abonnés absents

depuis beaucoup de lunes

le soleil, ce seigneur,

fit subir aux humains

la nuit. Révolution!

 

Car on ne peut nier

que ce brillant despote

en connaît un rayon

en matière de pigments,

thérapie du bien-être.

 

Si soudain il endort

sa chaude pétulance,

nos cœurs mous, abattus

se désolent et s'écroulent.

C'est la dissolution.

 

Un seul astre nous manque…

Je voudrais m'éveiller

chaque jour au soleil,

mais sans aridité,

et puis sans travailler.

 

© andré elleboudt


lundi 15 avril 2024

Petit

C'est un endroit, petit, si petit que bien peu le connaissent vraiment.

C'est un coin très secret, si secret que personne ne sait s’il le connaît.

C'est un lieu résistant,  fermé et silencieux.

Là au fond, tout au fond, bien cachés, se ruminent

en ramages, les rimes et ravages de mots muets de mal.

Le mal-être est un fond,  petit et résistant,  secret et bien caché.

© andré elleboudt 

 


mardi 9 avril 2024

Début

 

Ce fut soudain, venu de nulle part,

comme une lune au cœur d'un ciel d'orage,

un appel, une trêve, un éclat de lumière,

un chemin creux menant à la rivière.

 

Un sentiment étrange, une langueur,

comme un vent doux un matin de juillet,

une grève, un sentier, un sourd coup de tonnerre,

un bateau blanc qui partirait en mer.

 

Un horizon de feu dans une brume,

comme une forme d'où jaillirait la vie,

une aube matinale avant d'être soleil,

un nulle part ou peut-être un ailleurs.

 

Une lueur pâle et si pénétrante,

comme un visage qu'illumine un regard,

une ombre, une présence, un souffle presque frêle,

une question, le début d'un poème.

 

© andré elleboudt

mercredi 27 mars 2024

Raton

 

C'est un si long chemin, fait de longues routines, de nombreux faits divers. Le rythme de son pas s'était accoutumé aux raidillons serrés, aux courbes imprévues, aux détours audacieux, aux replats monotones, aux abris bienfaiteurs. Et ce matin d'hiver – est-ce une étourderie ? – il ne retrouve rien de tout son quotidien.

 

C'est la vie, dit Raton, le souvenir pourtant des semaines et des jours passés à accorder tout ce qui pouvait l'être lui semble si pesant que cette information terrasse ses efforts. Les projets salutaires forgés avec ardeur, les audaces fécondes, les insuccès cuisants et les déconvenues surmontées âprement …

 

Ainsi donc ces tunnels, ces abris de fortune, ces efforts éperdus, … condamnés à renaître. Il lui faudra créer, inventer, planifier au seul mot de confiance en celui qui un jour il était devenu. Et perdu aujourd'hui. C'est la vie, dit Raton, des milliers comme moi empruntent chaque jour les chemins inconnus d'un printemps convenu, méconnaissant le prix de pareille odyssée.

 

C'est la vie, dira-t-on.

 

© andré elleboudt

vendredi 22 mars 2024

La porte

Fermée à double tour, sourde à la vie dehors.
Isolée par défaut, pareille à la muraille.
Réfractaire à la joie, résolue au duel.
Aveugle à la bonté, étanche à la tendresse,
Brutale du regard, rigide de pensées.
Tout en elle est silence.

La Porte du Dedans enferme derrière elle,
bien au cœur, à l'abri l'Enfant des Jugements
craignant de dévoiler la voix de ses silences.
Car ce petit seigneur tremble d'entrebâiller
la porte du dedans mettant à la lumière
tout le tu de sa vie.

Redouter de livrer les simples ressentis du temps qui le traverse
et remettre à plus tard ce qui à l'instant même libèrerait sa vie.

Alors que simplement il suffit d'exprimer
ce que vivre, parfois, fait naître de questions,
ou d'incompréhensions, de craintes ou de blessures.

C'est dans les mots, dit-on, que se cache la clé
qui libère la porte, la porte du dedans, gardienne des non-dits.


© andré elleboudt

Haïssable

Où est donc ce bonheur espéré le matin, égaré dans mes nuits-désespoir, yeux ouverts ? Et cette fois encore tenu de débourser la rançon obli...