lundi 28 octobre 2024

Tout cru

Un kangourou joyeux coulait des jours heureux.

Pas un jour sans un bond, pas un sans un rebond.

Et l’âme si légère, un sillon de lumière.

Bien au chaud dans sa poche, entouré de ses proches

rien ne semblait troubler, rien ne faisait trembler

kangourou en ses jours. Une vie de velours.

 

Un jour il lui fallut s’émanciper. Ce fut

comme une aigreur ; malheur s’en aller pour ailleurs,

quitter ce sein douillet. Sa vie comme un boulet

perdit de son piment. Ces jours tel un tourment.

 

Il s’en alla par-là, cela ne lui plut pas.

En découvrant la vie, assumant ses envies,

il suivit ses désirs. Une partie de plaisir.

Sur sa carte du monde,des beautés, des jocondes,

parfois aussi des pièges, ceux qui la vie abrègent.

L’amour sur son chemin se fit joie et chagrin.

C’est la vie de chacun, casinos ou communs.

 

Quand le temps lui servit la fin de son récit

il en fut renversé. Il est fini l’été ?

A force de bondir et de tant rebondir,

aussi heureux qu’on fût on est mangé tout cru.

C’est une triste histoire que me narra un soir

un kangourou chagrin. Il était orphelin.

Son père n’était plus. On l’avait abattu.

 

On le croyait joyeux. Il devint si peureux

qu’il fuyait son regard craignant le traquenard.

La vie lui faisait peur. Un ignoble chasseur

revendit sa parure, cette douce fourrure.

 

Une histoire banale. La peine capitale

d’un pauvre convaincu d’être mangé tout cru.


© andré elleboudt

samedi 14 septembre 2024

Méfait

Je t'ai dit que souvent je me sentais blessé
que pointait ma colère quand des mots, des silences,
des regards échangés souriaient de mes failles,
ces faiblesses nouvelles, fruits de ma maladie.
 
Tu m'as alors confié que souvent tu étais
perturbée et blessée par ce que je disais
quand le mal, le dépit, trop souvent avec toi,
me rendaient déplaisant, méfait de tous mes maux.
 
© andré elleboudt

mercredi 14 août 2024

Arrangement

Naîtrait-on inquiet ?

Suis-je né tourmenté ?

Ai-je été fécondé

dans la crainte ou l'alarme

de ce que je serais,

de ce que je ferais

 

Je me suis écouté,

j'ai sondé le visage

de ces deux importunes.

Inquiétudes et grisailles

avaient pris un pouvoir,

me l'avait imposé.

 

Un jour je me suis dit

qu'il valait certes mieux

m'arranger du présent

que craindre le futur.

 

© andré elleboudt

mercredi 31 juillet 2024

Se peut-il

 

Se peut-il que les mots

souffrent

comme un être de chair ?

Se peut-il que se cachent

en eux

le non-dit, l'inouï ?

Se peut-il que je rêve,

naïf,

du pouvoir qui est leur ?

 

Se pourrait-il alors,

folie,

qu'ils ouvrent mes prisons ?

Se pourrait-il alors,

surprise,

que les mots soient sans moi ?

Se pourrait-il alors,

douceur,

qu'ils bâtissent mon être ?

 

Et je reste sans mot

tant ces questions bafouillent

au cœur de mes tourments ?

mardi 23 juillet 2024

Perduto

 

Au fur et à mesure

que je tourne les pages

un sentiment étrange

envahit mon esprit.

Il me semble, bizarre,

que certains des feuillets

parlent de mon vivant.

Chi si ferma è perduto…

 

Un laid jour de mes maux

j'en vins à souhaiter

de tout arrêter là.

Fermement je pensais

que je pourrais ainsi

atteindre un nirvana,

une vie sans douleur.

Arrêter. Terminé.

 

Et Dante me souffla,

allez savoir pourquoi,

qu'arrêter, c'est se perdre…

Étonnant que cela.

 

© andré elleboudt

vendredi 19 juillet 2024

Ailleurs

Etre là.

Etre ailleurs.

Se demander sans cesse le son des mots

et la couleur des sons qui disent mieux

là où l'on se trouve.

Etre là.

Etre ailleurs.

Comme se vider de soi

pour mieux s'emplir ma foi

de l'espace et du temps.

Etre là.

Etre ailleurs.

 

© andré elleboudt

samedi 6 juillet 2024

Non

lentement sans trop de bruit si ce n'est le bruit de la folie

GAZA

mourait s'éteignait se redressait s'écrasait à nouveau

toujours et toujours

mon regard silencieux impuissant

 

parfois surgissaient des mots

et d'autres silences validaient par le vide

l'innommable l'insupportable

 

on ne les comptait plus peinant à dénombrer

les démembrés les écrasés les enfouis

GAZA

disparaissait et les mots impotents oubliaient de dire

ce qui pourtant sautait aux yeux comme autant d'armes létales ce

NON

devenu inutile

 

seul

demeurait le pouvoir aux yeux fermés aux cerveaux aliénés

célébrant on ne sait quelle fête

 

l'âme refroidie et le regard glacé

nos cœurs habitués

s'abstenaient

 

"nous étions parvenus

à être de ce monde

sans être de ces gens*"

 

© André Elleboudt

 

*Cécile Coulon

Haïssable

Où est donc ce bonheur espéré le matin, égaré dans mes nuits-désespoir, yeux ouverts ? Et cette fois encore tenu de débourser la rançon obli...