mercredi 20 avril 2022

Colonisé

Il est de ces instants

où, malgré moi je crois,

s'affiche sur mes traits

le message suivant :

l'abonné est absent.

 

C'est quand la maladie

de son seul, propre chef

empêche ma présence.

S'élève un brouhaha

fait de oui, fait de non ;

s'écoule un badigeon

fait de blanc, fait de noir ;

s'engage l'escarmouche

d'une joute insensée

forte de certitude

et armée d'anxiété.

 

Je suis colonisé

par autre vie que moi,

par moi d'une autre vie.

Je peine alors à être.

 

© andré elleboudt

inspiré par Claire Marin


mercredi 6 avril 2022

Le lexique des jours

Serait-ce procédure, mode d'emploi, qui sait ? 

Ou simple marche à suivre, livret-guide ou que sais-je ? 

La vie ne serait-elle que prescription, consigne, 

mécanisme obligé pour atteindre, ravi, 

le nirvana du tout ce qu'il faut faire pour être 

et briller au livre des records d'une vie 

tout en un à précuire ? Voire habiter enfin 

le non-lieu du courage ou resplendir béat 

sur les écrans fugaces du fait ceci, fait ça ? 

Ne peut-on pas, dis-moi, respirer ses matins, 

déguster ses journées pour ce qu'on veut qu'elles soient, 

s'étendre dans la paix d'une nuit sans tourment. 

Simplement supprimer du lexique des jours 

les charmes de l'avoir, les armes du pouvoir, 

de la domination, l'art martial du paraître.

 

© andré elleboudt

(inspiré par Jean-Pierre Siméon)

 

dimanche 3 avril 2022

Intimité

Ce ne sont que des mots.

Un peu de sons, de sens,

les murets d'un abri

qui parlent de la paix,

du goût de l'abandon.

 

Ce ne sont que des mots

jetés là au hasard

des bonheurs et des peurs.

Ils parlent de la vie

comme on cause du temps.

 

Ce ne sont que des mots

éructant d'infortune,

balbutiant d'embarras,

soupirant de désir,

étouffant de liesse.

 

Ce ne sont que des mots.

Ils annexent le cœur

aux succès de la vie,

hurlent avec les sens

aux matins de l'orgueil.

 

Ce ne sont que des mots,

caractères divers,

grondements et sanglots,

sourires et facéties.

Ils s'escriment à dire.

 

Ce ne sont que des mots

qui erraient sans savoir

et préféraient se taire.

Il est bien malaisé

parler d'intimité.

 

© andré elleboudt


jeudi 24 mars 2022

Ci

J'ai toujours apprécié

marcher de-ci, de-là.

Marcher seul en chemin

m'a permis de me taire.

Marcher accompagné

a toujours consenti

à me laisser penser.

Et ces deux pas de deux

m'ont apporté bonheur,

douce sérénité.

 

© andré elleboudt


samedi 12 mars 2022

Aérer

Puis à quoi donc penser, et surtout que penser ?

Le fil du temps qui va ne revient sur ses pas.

Ces pages et tant de mots consument le repos.

Comment se déloger pour ouvrir, aérer,

couvrir le bruit du monde où le délire abonde ?

Se poser et s'enfouir, se terrer, oui, s'enfuir.

Est-ce pleutre, indécent, vouloir un expédient ?

Rien que se protéger, lassé d'être abusé ?

La vie ne serait-elle qu'un lever de soleil

chaque jour plus éteint. Vivre sans eau, sans pain.

 

© andré elleboudt

mardi 8 mars 2022

Choix

Je me suis installé

dans le couloir foncé

d'une vie érodée.

Observant les vallons

je me dis, l'érosion

adoucit les fractions.

Apparaît l'autre vie

faite de discrédit.

Je suis sans savoir qui.

Chanter d'autres refrains,

inventer mes entrains,

avancer lent, sans frein.

Ma vie allait de soi.

C'en est fini ma foi.

Je vis de nouveaux choix.

 

© andré elleboudt


jeudi 3 mars 2022

Petites frappes

Il en est tant à l'œuvre, même petites frappes.

Mais il n'existe pas de ravages bénins.

C'est très simple après tout : être élégant en tout,

odieux mais un dandy, s'encourager le soir

à poursuivre demain la sape du médiocre,

passer pour son sauveur et le tour est joué.

 

Attendre qu'il s'en lasse puis on s'en débarrasse.

Sans l'air de le chercher lui mettre la pression.

Puis tout au fond du trou viser sans le toucher,

venir à son secours, s'il le faut le soigner.

 

Il en est tant à l'œuvre, même petites frappes.
Mais il n'existe pas de ruines tolérables.

 

© andré elleboudt


Haïssable

Où est donc ce bonheur espéré le matin, égaré dans mes nuits-désespoir, yeux ouverts ? Et cette fois encore tenu de débourser la rançon obli...